House/Techno

16 décembre 2025

par Samreeez

Eva May

(CH/UK)

Intro

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Eva May, c’est à la fois mon vrai nom et mon nom d’artiste. J’ai vingt-cinq ans, je suis suisse et anglaise. Née à Londres, j’ai rapidement déménagé en Suisse, le pays d’origine de mon père, où j’ai passé la majeure partie de mon enfance. Plus tard, je suis retournée en Angleterre pour le gymnase puis pour l’université, ce qui m’a permis d’accumuler des expériences riches dans les deux pays. Aujourd’hui, je me sens autant anglaise que lausannoise.

Est-ce que tu as des souvenirs de moments de partage autour de la musique avec tes parents ?

La musique était omniprésente à la maison. Ma mère, animatrice radio et passionnée de mix, et mon père, DJ et producteur, m’ont fait grandir entourée de soul, funk, jazz, disco, reggae, techno et house. Leur immense collection de vinyles tournait en permanence, et je regardais mon père produire avec les basses à fond, fascinée sans vraiment comprendre. Tout cela m’a profondément bercée et a fait naître mon intuition musicale.

Est-ce que tu considères que tes parents t’ont donné cet intérêt ?

À l’époque, ce n’était même pas une question d’intérêt : la musique faisait simplement partie de ma vie, un véritable écosystème. Comme beaucoup d’enfants, je rejetais complètement ce que faisaient mes parents. Tout a changé quand je suis partie seule en Angleterre pour l’université. La musique électronique et le DJing sont devenus cool, et j’ai compris que ce monde faisait déjà partie de moi.

Quelles étaient les bandes-son de ton enfance ?

Je me souviens surtout de quelques albums marquants. Dans la voiture, on écoutait sans cesse The Who, et à la maison, je sortais régulièrement Off the Wall de Michael Jackson. Bob Marley et ses classiques tournaient aussi en vinyle, et avec mon frère, nous adorions les Black Eyed Peas. Curieusement, les disques qui m’ont le plus marquée n’étaient pas de la musique électronique.

Comment est-ce que tu as réellement commencé la musique ?

À dix-huit ou dix-neuf ans, à l’université en Angleterre, j’ai commencé à découvrir la musique électronique, un univers à la fois nouveau et familier. Une association proposait des cours de DJing tous les mercredis, animés par des passionnés qui organisaient également des soirées.

Est-ce que tu te considères également comme une productrice ?

Je me considère avant tout comme DJ. La production est récente pour moi et je la pratique avec mon père. Je n’ai pas encore assez d’expérience pour m’identifier pleinement comme productrice. Pour l’instant, je reste une débutante en apprentissage : j’ai réalisé quelques morceaux, mais cela ne fait pas encore partie intégrante de mon identité.

Qui t’entoure dans ta carrière de DJ ?

Il y a d’abord Ace-Sessions, mon agence de booking, et surtout Calvin, qui me représente. Il m’a comprise dès le début, sans jamais me mettre dans une case, et gère mes bookings en respectant mes goûts et mes priorités. Je dois aussi mentionner Mirko, directeur du Polaris Festival, qui m’a prise sous son aile et m’a permis de grandir dans l’événementiel et le DJing. Ma famille m’a toujours soutenue, même si la musique n’était pas le parcours le plus évident. Nahomi, autre DJ de Lausanne, est devenue une alliée précieuse, partageant expériences et soutien sur la scène électronique. Enfin, Albiche, photographe, capture toujours mes meilleurs angles et me permet d’avoir de superbes images.

Est-ce que tu vis de la musique ?

Pendant longtemps, le DJing était accessoire. Aujourd’hui, il représente environ un tiers de mon revenu, avec des dates de plus en plus nombreuses mais variables. Mon objectif n’est pas d’en vivre entièrement, je veux que la musique reste une passion. La musique me nourrit profondément et me fait avancer. À côté du DJing, je suis active dans l’événementiel et le booking : je programme le Bourg à Lausanne, collabore avec Polaris et le Montreux Jazz pour la logistique et la production, et participe à la programmation de festivals comme Créatures, Passage Festival et Electrosanne. Tout mon travail reste lié à la musique, sur scène ou en coulisses.

“La musique c’est qui me fait avancer, sans ça, j’ai rien !”

Collectifs

Quel type de musique joues-tu en live ?

Je suis passionnée par la musique électronique, ce qui rend difficile de me mettre dans une case. J’ai grandi avec la house, c’est inné pour moi et c’est le style que je connais le mieux, puisque mon père était dans la house. Mais j’aime aussi tout ce qui a de bonnes basses, que ce soit dans la techno, la drum and bass, l’électro ou la jungle. J’apprécie les morceaux bassy, profonds et authentiques, et je retrouve ce plaisir dans tous les styles. Si je devais catégoriser ce que je joue le plus, ce serait house, techno et électro. Je ne joue pas de musique industrielle, trop mélodique ou hors du registre électronique. Mon style est difficile à décrire, il faut venir m’écouter pour vraiment le comprendre.

Est-ce que la musique que tu joues est la musique que tu consommes ?

Oui, bien sûr, mais pour être honnête, 90 % de la musique que j’écoute est de la musique électronique. C’est ce qui me fait vivre et ce qui me touche profondément, c’est ce que j’écoute le plus. Comme je mixe souvent, je suis constamment à la recherche de nouveaux morceaux et albums, car ce que j’écoute, je le joue ensuite. Je consomme aussi d’autres genres, surtout ceux avec lesquels j’ai grandi et que je connais bien, mais je ne vais pas forcément chercher les nouveautés dans ces styles.

Quelles sont les soirées qui t’ont le plus marqué ?

Certaines dates m’ont particulièrement marquée. L’une des premières fut au Bourg, lors d’une soirée organisée par Dimsum et Calvin, où je faisais le closing pour la première fois. Le public était réceptif et tout s’est déroulé parfaitement, me donnant la sensation d’avoir ma place et de transmettre ma musique. Une autre date importante a été ma première au Zoo à Genève, un club que j’admirais depuis longtemps pour son sound system incroyable. Jouer là-bas a été une vraie étape. Plus récemment, j’ai joué dans un club privé à Lausanne, un lieu que j’affectionne particulièrement.

Comment tu construis un set ?

Je construis mes sets de manière très intuitive. Chaque date, selon le lieu et le style de soirée, déclenche une réaction spécifique en moi. Par exemple, lorsqu’on me propose de jouer au Zoo, je visualise immédiatement l’expérience du public : le sound system, la vibe, l’énergie de la salle. C’est à partir de cette perception que je compose une playlist adaptée à l’environnement.

Comment est-ce que c’est de produire de la musique avec son père ?

Travailler avec mon père est difficile à expliquer. Lui a des années d’expérience, moi je suis encore en apprentissage. Il me coache tout en respectant ce que je veux créer, et apporte son cadre et ses limites grâce à sa connaissance. C’est un vrai travail commun, et ce qui compte le plus, c’est le temps passé ensemble. Il me transmet son univers et son expérience, et je réalise la chance immense de partager cela avec quelqu’un qui me connaît profondément et qui m’a tout appris en musique.

À côté

Est-ce que tu peux me décrire les débuts d’EDEN ?

À l’université en Angleterre, j’ai rencontré Andrea et Abby, deux autres filles passionnées de musique électronique. Très vite, nous avons réalisé que nous étions presque seules à vivre cette passion et que tous les DJ étaient des hommes. Cette absence de représentation nous a poussées à agir. Sans ambition particulière au départ, nous avons commencé à organiser nos propres soirées, donnant naissance au collectif Eden : un espace où ce seraient des FLINTA qui organisent et des FLINTA qui mixent. Rapidement, le collectif a pris de l’ampleur, beaucoup de personnes se reconnaissant dans notre démarche ont soutenu ce projet inédit.

Qu’est-ce que tu as gardé de ce collectif ?

Aujourd’hui, je continue de promouvoir la présence des femmes sur la scène, en créant des espaces sûrs et en leur donnant davantage d’occasions de se former et de s’initier au DJing. Cette volonté m’accompagne toujours, même si elle évolue progressivement vers de nouvelles choses.

Tu as beaucoup parlé des femmes dans ce milieu, est-ce que tu as déjà eu une mauvaise expérience ?

En tant que DJ et femme dans la scène électronique, il m’est arrivé de sentir que certains bookings n’étaient pas liés à ma musique, mais simplement pour remplir une case. On te propose un petit cachet ou un opening, sans réellement écouter ton travail. Ce qui est le plus difficile, ce sont les remarques sur ton apparence ou ton sourire, qui réduisent ton talent à ton physique au lieu de ta technique ou de ta culture musicale. Pour moi, une line-up doit avant tout être cohérente artistiquement, hommes et femmes confondus. Trop souvent, pourtant, le travail de recherche pour intégrer des artistes féminines compétentes n’est pas fait.

“Peu importe qu’il y ait plus d’hommes ou de femmes, tant que les personnes sont là pour les bonnes raisons.”

Industrie

Qu’est-ce que tu penses de cette nouvelle vague de DJs sur les réseaux ?

C’est un sujet complexe. Comme le dit l’expression anglaise, don’t hate the player, hate the game. Critiquer les DJ très visibles grâce aux réseaux sociaux ne tient pas toujours : le vrai problème vient de l’industrie, dont les règles sont désormais dictées par ces plateformes. Certains suivent cette logique pour gagner en visibilité, mais cela dilue les valeurs de la scène underground. Aujourd’hui, il est plus difficile de distinguer les DJ authentiques, ceux qui jouent par véritable passion et amour de la musique.

Selon ton expertise, les DJs sont-ils bien ou mal représentés ?

Je pense que les DJ sont souvent trop mis en avant, ce qui peut développer des égos démesurés. Pour moi, c’est l’une des raisons pour lesquelles la scène traverse un moment critique. Dans les clubs et les festivals, le DJ est placé sur un piédestal, regardé par tous, alors que la plupart du temps, il joue des morceaux qu’il n’a pas produits. Quelqu’un a passé des heures, parfois des jours, à créer ces tracks, et c’est le DJ qui reçoit toute la réaction du public et la visibilité sur les réseaux sociaux. Cette mise en avant excessive contribue à gonfler les egos et déforme la reconnaissance du vrai travail derrière la musique.

Crédits

Reporter : Samuel Bouverat

Photo : Samreeez

Direction artistique : Samreeez

Assistant : Laszlo Rihs

Vidéo : Laszlo Rihs

Production : Pacap Studio

Propiété exclusive : Pacap ©

pacapmagazine@gmail.com

Pacap Studio

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Culture

Set

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Instagram

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All rights reserved, ©Pacap

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House/Techno

16 décembre 2025

par Samreeez

Eva May

(CH/UK)

Introduction – Eva May

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Eva May, c’est à la fois mon vrai nom et mon nom d’artiste. J’ai vingt-cinq ans, je suis suisse et anglaise. Née à Londres, j’ai rapidement déménagé en Suisse, le pays d’origine de mon père, où j’ai passé la majeure partie de mon enfance. Plus tard, je suis retournée en Angleterre pour le gymnase puis pour l’université, ce qui m’a permis d’accumuler des expériences riches dans les deux pays. Aujourd’hui, je me sens autant anglaise que lausannoise.

Est-ce que tu as des souvenirs de moments de partage autour de la musique avec tes parents ?

La musique était omniprésente à la maison. Ma mère, animatrice radio et passionnée de mix, et mon père, DJ et producteur, m’ont fait grandir entourée de soul, funk, jazz, disco, reggae, techno et house. Leur immense collection de vinyles tournait en permanence, et je regardais mon père produire avec les basses à fond, fascinée sans vraiment comprendre. Tout cela m’a profondément bercée et a fait naître mon intuition musicale.

Est-ce que tu considères que tes parents t’ont donné cet intérêt ?

À l’époque, ce n’était même pas une question d’intérêt : la musique faisait simplement partie de ma vie, un véritable écosystème. Comme beaucoup d’enfants, je rejetais complètement ce que faisaient mes parents. Tout a changé quand je suis partie seule en Angleterre pour l’université. La musique électronique et le DJing sont devenus cool, et j’ai compris que ce monde faisait déjà partie de moi.

Quelles étaient les bandes-son de ton enfance ?

Je me souviens surtout de quelques albums marquants. Dans la voiture, on écoutait sans cesse The Who, et à la maison, je sortais régulièrement Off the Wall de Michael Jackson. Bob Marley et ses classiques tournaient aussi en vinyle, et avec mon frère, nous adorions les Black Eyed Peas. Curieusement, les disques qui m’ont le plus marquée n’étaient pas de la musique électronique.

Comment est-ce que tu as réellement commencé la musique ?

À dix-huit ou dix-neuf ans, à l’université en Angleterre, j’ai commencé à découvrir la musique électronique, un univers à la fois nouveau et familier. Une association proposait des cours de DJing tous les mercredis, animés par des passionnés qui organisaient également des soirées.

Est-ce que tu te considères également comme une productrice ?

Je me considère avant tout comme DJ. La production est récente pour moi et je la pratique avec mon père. Je n’ai pas encore assez d’expérience pour m’identifier pleinement comme productrice. Pour l’instant, je reste une débutante en apprentissage : j’ai réalisé quelques morceaux, mais cela ne fait pas encore partie intégrante de mon identité.

Qui t’entoure dans ta carrière de DJ ?

Il y a d’abord Ace-Sessions, mon agence de booking, et surtout Calvin, qui me représente. Il m’a comprise dès le début, sans jamais me mettre dans une case, et gère mes bookings en respectant mes goûts et mes priorités. Je dois aussi mentionner Mirko, directeur du Polaris Festival, qui m’a prise sous son aile et m’a permis de grandir dans l’événementiel et le DJing. Ma famille m’a toujours soutenue, même si la musique n’était pas le parcours le plus évident. Nahomi, autre DJ de Lausanne, est devenue une alliée précieuse, partageant expériences et soutien sur la scène électronique. Enfin, Albiche, photographe, capture toujours mes meilleurs angles et me permet d’avoir de superbes images.

Est-ce que tu vis de la musique ?

Pendant longtemps, le DJing était accessoire. Aujourd’hui, il représente environ un tiers de mon revenu, avec des dates de plus en plus nombreuses mais variables. Mon objectif n’est pas d’en vivre entièrement, je veux que la musique reste une passion. La musique me nourrit profondément et me fait avancer. À côté du DJing, je suis active dans l’événementiel et le booking : je programme le Bourg à Lausanne, collabore avec Polaris et le Montreux Jazz pour la logistique et la production, et participe à la programmation de festivals comme Créatures, Passage Festival et Electrosanne. Tout mon travail reste lié à la musique, sur scène ou en coulisses.

“La musique c’est qui me fait avancer, sans ça, j’ai rien !”

Musique – Eva May

Quel type de musique joues-tu en live ?

Je suis passionnée par la musique électronique, ce qui rend difficile de me mettre dans une case. J’ai grandi avec la house, c’est inné pour moi et c’est le style que je connais le mieux, puisque mon père était dans la house. Mais j’aime aussi tout ce qui a de bonnes basses, que ce soit dans la techno, la drum and bass, l’électro ou la jungle. J’apprécie les morceaux bassy, profonds et authentiques, et je retrouve ce plaisir dans tous les styles. Si je devais catégoriser ce que je joue le plus, ce serait house, techno et électro. Je ne joue pas de musique industrielle, trop mélodique ou hors du registre électronique. Mon style est difficile à décrire, il faut venir m’écouter pour vraiment le comprendre.

Est-ce que la musique que tu joues est la musique que tu consommes ?

Oui, bien sûr, mais pour être honnête, 90 % de la musique que j’écoute est de la musique électronique. C’est ce qui me fait vivre et ce qui me touche profondément, c’est ce que j’écoute le plus. Comme je mixe souvent, je suis constamment à la recherche de nouveaux morceaux et albums, car ce que j’écoute, je le joue ensuite. Je consomme aussi d’autres genres, surtout ceux avec lesquels j’ai grandi et que je connais bien, mais je ne vais pas forcément chercher les nouveautés dans ces styles.

Quelles sont les soirées qui t’ont le plus marqué ?

Certaines dates m’ont particulièrement marquée. L’une des premières fut au Bourg, lors d’une soirée organisée par Dimsum et Calvin, où je faisais le closing pour la première fois. Le public était réceptif et tout s’est déroulé parfaitement, me donnant la sensation d’avoir ma place et de transmettre ma musique. Une autre date importante a été ma première au Zoo à Genève, un club que j’admirais depuis longtemps pour son sound system incroyable. Jouer là-bas a été une vraie étape. Plus récemment, j’ai joué dans un club privé à Lausanne, un lieu que j’affectionne particulièrement.

Comment tu construis un set ?

Je construis mes sets de manière très intuitive. Chaque date, selon le lieu et le style de soirée, déclenche une réaction spécifique en moi. Par exemple, lorsqu’on me propose de jouer au Zoo, je visualise immédiatement l’expérience du public : le sound system, la vibe, l’énergie de la salle. C’est à partir de cette perception que je compose une playlist adaptée à l’environnement.

Comment est-ce que c’est de produire de la musique avec son père ?

Travailler avec mon père est difficile à expliquer. Lui a des années d’expérience, moi je suis encore en apprentissage. Il me coache tout en respectant ce que je veux créer, et apporte son cadre et ses limites grâce à sa connaissance. C’est un vrai travail commun, et ce qui compte le plus, c’est le temps passé ensemble. Il me transmet son univers et son expérience, et je réalise la chance immense de partager cela avec quelqu’un qui me connaît profondément et qui m’a tout appris en musique.

À côté – Eva May

Est-ce que tu peux me décrire les débuts d’EDEN ?

À l’université en Angleterre, j’ai rencontré Andrea et Abby, deux autres filles passionnées de musique électronique. Très vite, nous avons réalisé que nous étions presque seules à vivre cette passion et que tous les DJ étaient des hommes. Cette absence de représentation nous a poussées à agir. Sans ambition particulière au départ, nous avons commencé à organiser nos propres soirées, donnant naissance au collectif Eden : un espace où ce seraient des FLINTA qui organisent et des FLINTA qui mixent. Rapidement, le collectif a pris de l’ampleur, beaucoup de personnes se reconnaissant dans notre démarche ont soutenu ce projet inédit.

Qu’est-ce que tu as gardé de ce collectif ?

Aujourd’hui, je continue de promouvoir la présence des femmes sur la scène, en créant des espaces sûrs et en leur donnant davantage d’occasions de se former et de s’initier au DJing. Cette volonté m’accompagne toujours, même si elle évolue progressivement vers de nouvelles choses.

Tu as beaucoup parlé des femmes dans ce milieu, est-ce que tu as déjà eu une mauvaise expérience ?

En tant que DJ et femme dans la scène électronique, il m’est arrivé de sentir que certains bookings n’étaient pas liés à ma musique, mais simplement pour remplir une case. On te propose un petit cachet ou un opening, sans réellement écouter ton travail. Ce qui est le plus difficile, ce sont les remarques sur ton apparence ou ton sourire, qui réduisent ton talent à ton physique au lieu de ta technique ou de ta culture musicale. Pour moi, une line-up doit avant tout être cohérente artistiquement, hommes et femmes confondus. Trop souvent, pourtant, le travail de recherche pour intégrer des artistes féminines compétentes n’est pas fait.

“Peu importe qu’il y ait plus d’hommes ou de femmes, tant que les personnes sont là pour les bonnes raisons.”

Industrie – Eva May

Qu’est-ce que tu penses de cette nouvelle vague de DJs sur les réseaux ?

C’est un sujet complexe. Comme le dit l’expression anglaise, don’t hate the player, hate the game. Critiquer les DJ très visibles grâce aux réseaux sociaux ne tient pas toujours : le vrai problème vient de l’industrie, dont les règles sont désormais dictées par ces plateformes. Certains suivent cette logique pour gagner en visibilité, mais cela dilue les valeurs de la scène underground. Aujourd’hui, il est plus difficile de distinguer les DJ authentiques, ceux qui jouent par véritable passion et amour de la musique.

Selon ton expertise, les DJs sont-ils bien ou mal représentés ?

Je pense que les DJ sont souvent trop mis en avant, ce qui peut développer des égos démesurés. Pour moi, c’est l’une des raisons pour lesquelles la scène traverse un moment critique. Dans les clubs et les festivals, le DJ est placé sur un piédestal, regardé par tous, alors que la plupart du temps, il joue des morceaux qu’il n’a pas produits. Quelqu’un a passé des heures, parfois des jours, à créer ces tracks, et c’est le DJ qui reçoit toute la réaction du public et la visibilité sur les réseaux sociaux. Cette mise en avant excessive contribue à gonfler les egos et déforme la reconnaissance du vrai travail derrière la musique.

Crédits

Reporter : Samuel Bouverat

Photo : Samreeez

Direction artistique : Samreeez

Assistant : Laszlo Rihs

Vidéo : Laszlo Rihs

Production : Pacap Studio

Propiété exclusive : Pacap ©

pacapmagazine@gmail.com

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House/Techno

16 décembre 2025

par Samreeez

Eva May

(CH/UK)

Introduction – Eva May

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Eva May, c’est à la fois mon vrai nom et mon nom d’artiste. J’ai vingt-cinq ans, je suis suisse et anglaise. Née à Londres, j’ai rapidement déménagé en Suisse, le pays d’origine de mon père, où j’ai passé la majeure partie de mon enfance. Plus tard, je suis retournée en Angleterre pour le gymnase puis pour l’université, ce qui m’a permis d’accumuler des expériences riches dans les deux pays. Aujourd’hui, je me sens autant anglaise que lausannoise.

Est-ce que tu as des souvenirs de moments de partage autour de la musique avec tes parents ?

La musique était omniprésente à la maison. Ma mère, animatrice radio et passionnée de mix, et mon père, DJ et producteur, m’ont fait grandir entourée de soul, funk, jazz, disco, reggae, techno et house. Leur immense collection de vinyles tournait en permanence, et je regardais mon père produire avec les basses à fond, fascinée sans vraiment comprendre. Tout cela m’a profondément bercée et a fait naître mon intuition musicale.

Est-ce que tu considères que tes parents t’ont donné cet intérêt ?

À l’époque, ce n’était même pas une question d’intérêt : la musique faisait simplement partie de ma vie, un véritable écosystème. Comme beaucoup d’enfants, je rejetais complètement ce que faisaient mes parents. Tout a changé quand je suis partie seule en Angleterre pour l’université. La musique électronique et le DJing sont devenus cool, et j’ai compris que ce monde faisait déjà partie de moi.

Quelles étaient les bandes-son de ton enfance ?

Je me souviens surtout de quelques albums marquants. Dans la voiture, on écoutait sans cesse The Who, et à la maison, je sortais régulièrement Off the Wall de Michael Jackson. Bob Marley et ses classiques tournaient aussi en vinyle, et avec mon frère, nous adorions les Black Eyed Peas. Curieusement, les disques qui m’ont le plus marquée n’étaient pas de la musique électronique.

Comment est-ce que tu as réellement commencé la musique ?

À dix-huit ou dix-neuf ans, à l’université en Angleterre, j’ai commencé à découvrir la musique électronique, un univers à la fois nouveau et familier. Une association proposait des cours de DJing tous les mercredis, animés par des passionnés qui organisaient également des soirées.

Est-ce que tu te considères également comme une productrice ?

Je me considère avant tout comme DJ. La production est récente pour moi et je la pratique avec mon père. Je n’ai pas encore assez d’expérience pour m’identifier pleinement comme productrice. Pour l’instant, je reste une débutante en apprentissage : j’ai réalisé quelques morceaux, mais cela ne fait pas encore partie intégrante de mon identité.

Qui t’entoure dans ta carrière de DJ ?

Il y a d’abord Ace-Sessions, mon agence de booking, et surtout Calvin, qui me représente. Il m’a comprise dès le début, sans jamais me mettre dans une case, et gère mes bookings en respectant mes goûts et mes priorités. Je dois aussi mentionner Mirko, directeur du Polaris Festival, qui m’a prise sous son aile et m’a permis de grandir dans l’événementiel et le DJing. Ma famille m’a toujours soutenue, même si la musique n’était pas le parcours le plus évident. Nahomi, autre DJ de Lausanne, est devenue une alliée précieuse, partageant expériences et soutien sur la scène électronique. Enfin, Albiche, photographe, capture toujours mes meilleurs angles et me permet d’avoir de superbes images.

Est-ce que tu vis de la musique ?

Pendant longtemps, le DJing était accessoire. Aujourd’hui, il représente environ un tiers de mon revenu, avec des dates de plus en plus nombreuses mais variables. Mon objectif n’est pas d’en vivre entièrement, je veux que la musique reste une passion. La musique me nourrit profondément et me fait avancer. À côté du DJing, je suis active dans l’événementiel et le booking : je programme le Bourg à Lausanne, collabore avec Polaris et le Montreux Jazz pour la logistique et la production, et participe à la programmation de festivals comme Créatures, Passage Festival et Electrosanne. Tout mon travail reste lié à la musique, sur scène ou en coulisses.

“La musique c’est qui me fait avancer, sans ça, j’ai rien !”

Musique – Eva May

Quel type de musique joues-tu en live ?

Je suis passionnée par la musique électronique, ce qui rend difficile de me mettre dans une case. J’ai grandi avec la house, c’est inné pour moi et c’est le style que je connais le mieux, puisque mon père était dans la house. Mais j’aime aussi tout ce qui a de bonnes basses, que ce soit dans la techno, la drum and bass, l’électro ou la jungle. J’apprécie les morceaux bassy, profonds et authentiques, et je retrouve ce plaisir dans tous les styles. Si je devais catégoriser ce que je joue le plus, ce serait house, techno et électro. Je ne joue pas de musique industrielle, trop mélodique ou hors du registre électronique. Mon style est difficile à décrire, il faut venir m’écouter pour vraiment le comprendre.

Est-ce que la musique que tu joues est la musique que tu consommes ?

Oui, bien sûr, mais pour être honnête, 90 % de la musique que j’écoute est de la musique électronique. C’est ce qui me fait vivre et ce qui me touche profondément, c’est ce que j’écoute le plus. Comme je mixe souvent, je suis constamment à la recherche de nouveaux morceaux et albums, car ce que j’écoute, je le joue ensuite. Je consomme aussi d’autres genres, surtout ceux avec lesquels j’ai grandi et que je connais bien, mais je ne vais pas forcément chercher les nouveautés dans ces styles.

Quelles sont les soirées qui t’ont le plus marqué ?

Certaines dates m’ont particulièrement marquée. L’une des premières fut au Bourg, lors d’une soirée organisée par Dimsum et Calvin, où je faisais le closing pour la première fois. Le public était réceptif et tout s’est déroulé parfaitement, me donnant la sensation d’avoir ma place et de transmettre ma musique. Une autre date importante a été ma première au Zoo à Genève, un club que j’admirais depuis longtemps pour son sound system incroyable. Jouer là-bas a été une vraie étape. Plus récemment, j’ai joué dans un club privé à Lausanne, un lieu que j’affectionne particulièrement.

Comment tu construis un set ?

Je construis mes sets de manière très intuitive. Chaque date, selon le lieu et le style de soirée, déclenche une réaction spécifique en moi. Par exemple, lorsqu’on me propose de jouer au Zoo, je visualise immédiatement l’expérience du public : le sound system, la vibe, l’énergie de la salle. C’est à partir de cette perception que je compose une playlist adaptée à l’environnement.

Comment est-ce que c’est de produire de la musique avec son père ?

Travailler avec mon père est difficile à expliquer. Lui a des années d’expérience, moi je suis encore en apprentissage. Il me coache tout en respectant ce que je veux créer, et apporte son cadre et ses limites grâce à sa connaissance. C’est un vrai travail commun, et ce qui compte le plus, c’est le temps passé ensemble. Il me transmet son univers et son expérience, et je réalise la chance immense de partager cela avec quelqu’un qui me connaît profondément et qui m’a tout appris en musique.

À côté – Eva May

Est-ce que tu peux me décrire les débuts d’EDEN ?

À l’université en Angleterre, j’ai rencontré Andrea et Abby, deux autres filles passionnées de musique électronique. Très vite, nous avons réalisé que nous étions presque seules à vivre cette passion et que tous les DJ étaient des hommes. Cette absence de représentation nous a poussées à agir. Sans ambition particulière au départ, nous avons commencé à organiser nos propres soirées, donnant naissance au collectif Eden : un espace où ce seraient des FLINTA qui organisent et des FLINTA qui mixent. Rapidement, le collectif a pris de l’ampleur, beaucoup de personnes se reconnaissant dans notre démarche ont soutenu ce projet inédit.

Qu’est-ce que tu as gardé de ce collectif ?

Aujourd’hui, je continue de promouvoir la présence des femmes sur la scène, en créant des espaces sûrs et en leur donnant davantage d’occasions de se former et de s’initier au DJing. Cette volonté m’accompagne toujours, même si elle évolue progressivement vers de nouvelles choses.

Tu as beaucoup parlé des femmes dans ce milieu, est-ce que tu as déjà eu une mauvaise expérience ?

En tant que DJ et femme dans la scène électronique, il m’est arrivé de sentir que certains bookings n’étaient pas liés à ma musique, mais simplement pour remplir une case. On te propose un petit cachet ou un opening, sans réellement écouter ton travail. Ce qui est le plus difficile, ce sont les remarques sur ton apparence ou ton sourire, qui réduisent ton talent à ton physique au lieu de ta technique ou de ta culture musicale. Pour moi, une line-up doit avant tout être cohérente artistiquement, hommes et femmes confondus. Trop souvent, pourtant, le travail de recherche pour intégrer des artistes féminines compétentes n’est pas fait.

“Peu importe qu’il y ait plus d’hommes ou de femmes, tant que les personnes sont là pour les bonnes raisons.”

Industrie – Eva May

Qu’est-ce que tu penses de cette nouvelle vague de DJs sur les réseaux ?

C’est un sujet complexe. Comme le dit l’expression anglaise, don’t hate the player, hate the game. Critiquer les DJ très visibles grâce aux réseaux sociaux ne tient pas toujours : le vrai problème vient de l’industrie, dont les règles sont désormais dictées par ces plateformes. Certains suivent cette logique pour gagner en visibilité, mais cela dilue les valeurs de la scène underground. Aujourd’hui, il est plus difficile de distinguer les DJ authentiques, ceux qui jouent par véritable passion et amour de la musique.

Selon ton expertise, les DJs sont-ils bien ou mal représentés ?

Je pense que les DJ sont souvent trop mis en avant, ce qui peut développer des égos démesurés. Pour moi, c’est l’une des raisons pour lesquelles la scène traverse un moment critique. Dans les clubs et les festivals, le DJ est placé sur un piédestal, regardé par tous, alors que la plupart du temps, il joue des morceaux qu’il n’a pas produits. Quelqu’un a passé des heures, parfois des jours, à créer ces tracks, et c’est le DJ qui reçoit toute la réaction du public et la visibilité sur les réseaux sociaux. Cette mise en avant excessive contribue à gonfler les egos et déforme la reconnaissance du vrai travail derrière la musique.

Crédits

Reporter : Samuel Bouverat

Photo : Samreeez

Direction artistique : Samreeez

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Propiété exclusive : Pacap ©

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